mardi 13 septembre 2011

Pas Nelly


Je n'ai pas envie de vous parler de Nelly Arcan.

Pourtant, depuis que j'ai lu La Honte, hier, j'ai l'impression de trainer dans ma tête toute la tension de sa propre analyse déformée d'elle-même. (Le fait que la robe qu'elle y décrive soit verte alors que la vraie était noire, me trouble étrangement par cette obsession de détails niaiseux qui au final ne sont pas basés sur la réalité.)

Je vais le dire tout de suite: cette fille là, elle me fait chier. Même morte, elle dérange, fait parler d'elle. Elle m'exaspère, me lasse. Elle est insupportable. On aurait envie de la secouer et de lui dire d'en revenir, de cesser son monologue obsessif et sa vision du monde dans lequel elle semble être le centre de l'univers.

Son putain de nombril (probablement percé) m'énarve bin raide.

Mais ce n'est pas parce que je parle au-dessus de sa tombe que je crache dessus. Au contraire.

Depuis sa mort, elle me touche beaucoup plus qu'elle ne l'aurait jamais fait de son vivant. Sa vulnérabilité était fort moins apparente alors qu'elle se mettait encore elle-même en scène. Maintenant, je pense que sa souffrance parle plus fort que son esthétique, at last. Ce qui est en soi, un petit drame.

Parce que dramatique est un mot clé quand on songe à la femme qui tenait la plume. Mais ça s'explique, à mes yeux. Je ne suis qu'une spécialiste de la perruque métaphysique, après tout, mais mon opinion est assez clair au sujet des controverses entourant cette femme: elles sont dues à un trouble de la personnalité histrionique vraiment SOLIDE.



Cette fille là, c'était la mascotte des hystériques. Mot que je déteste, par son origine référant à "l'utérus de la femme qui se déplace en elle." Fucking n'importe quoi comme mot venu des Grecs.

Chaque personne à différents traits qui constituent sa personnalité. Les gens de communications ont tous certains traits histrioniques, moi la première, cet espèce d'appel intérieur à exister dans le regard des autres, dans une certaine mesure, sans que cela ne se transforme en comportements pathologiques. Ils sont plus dramatiques, plus expressifs. Mais y a-t-il vraiment quelque chose de mal dans le fait d'avoir le sens du drame? Je ne crois pas, je crois que les Grecs avaient raison sur un point (minimum :)) : la représentation de la vie via des tragédies théâtrales. Tout reste une question de mesure, je suppose. Et quand ce désir de séduire le monde entier devient mésadapté au monde réel, quand on se situe dans le monde en rapport avec la perception publique de notre paire de boules, ça devient un problème, une souffrance réelle pour la personne mais aussi sans doute pour son entourage.

Il est beaucoup plus charmant d'être une histrionique dans notre siècle que d'être un psychopathe. Moins dangereux, également. Excepté que les histrioniques ont probablement un taux de tentatives de suicide gargantuesque en comparaison.

C'est d'une tristesse et d'un vide, ahurissants.

Cette fille là n'a pas décidé consciemment de creuser son propre catch-22. Dans une sens, sa position de victime et de bourreau est complètement fascinante, son point de vue, assez unique aussi. Et elle avait l'intelligence de transformer ses maux en analyse, en contenu. Vraiment pas un vase vide, malgré la facilité d'en venir une telle conclusion en se basant sur son allure superficielle.

Mais je ne vous parle pas vraiment de Nelly présentement, je m'inspire d'elle pour réfléchir à la silhouette de son type de personnalité. Honnêtement, c'est ce genre de caricature que je ne voudrais jamais atteindre, quoi que je crois que c'est un exploit de ridicule en soi de devenir une bombe séductrice prête à imploser, à ce point. J'ai mal à m'imaginer le sentiment d'être dans sa peau sur le point de pourrir. (Je la paraphrase un peu.)

Je me dis, c'est fou comme par moments, la détresse et la souffrance peuvent se contenir dans un format "bustier" qui fera vendre. C'est la bonne époque pour faire fortune avec ce genre de mal humain.

C'est fou que dans un sens, on encourage silencieusement le malheur des autres, en les laissant faire, en ne voyant pas ce qu'ils sont, mais surtout, en ne reconnaissant pas que certaines personnes ont des problèmes qui vont bien au-delà des opinions, qui sont carrément encrés dans leur psyché, qu'on les croit dans une position de choix alors qu'ils sont prisonniers de leur carcan.

Cette fille là n'aurait jamais dû passer à la télévision. Mais je ne parle pas de cette Nelly. Je parle simplement de la prochaine.

J'ai peur pour elle, car dans son cas, il n'est pas encore trop tard d'annuler sa visite chaperonrouge-esque dans l'univers du grand méchant loup.

La télévision, c'est vraiment une cire de chandelle pour les mouches.


16 commentaires:

  1. J'ai essayé de lire Putain à deux reprises. À chaque fois, j'ai fini par abandonner arrivé au milieu parce que j'avais l'impression d'agoniser avec la narratrice.

    Je crois que malheureusement, Arcan n'a pas réussi à transcender sa souffrance en art ; elle a simplement fusionné avec. Je suis toujours frustré que personne n'ait pu regarder au delà de ladite craque (ou de la perruque, c'est selon) pour comprendre vraiment ce qu'elle avait besoin de dire à travers sa prose.

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire me semble faire bien du sens, merci de cette prise de position.

    Quand on dit le mot perruque, on m'a par les sentiments!

    RépondreSupprimer
  3. Plus je pense au commentaire de MisterD, et plus il est vrai dans mon esprit que son intérêt est beaucoup plus en tant que témoignage (psycho-)sociologique qu'artistique!!!

    RépondreSupprimer
  4. Elle n'est pas la plus grande écrivaine qu'on ait connu, mais je crois tout de même qu'elle avait un certain talent. Et je crois que tu as raison pour le trait de personnalité, mélangé à un peu de narcissique et de borderline

    VS

    RépondreSupprimer
  5. Elle n'était pas dénuée de talent, c'est certain! Elle avait plus de potentiel en elle qu'elle ne l'a démontré durant sa courte vie, je crois. Mais on a légèrement l'impression qu'elle était sa propre oeuvre d'art, au final, tellement il y avait en effet d'importantes traces de narcissisme!

    Intéressant!

    RépondreSupprimer
  6. Idéalement, j'aimerais participer à un session de spiritisme pour psychanalyser Nelly dans le monde meilleur où elle se trouve. Toujours est-il que dans le moment, analyser son oeuvre reste quand même passionnant pour le lettré wannabe en-dedans de moi.

    Mon observation ultime en lisant Putain se résume à ce simple mot : déchirure. J'avais l'impression qu'elle s'arrachait en elle-même morceau par morceau, mot par mot. Autant c'est un exercice fascinant que c'en est horrifiant, horrifiant de voir que quelqu'un peut en arriver à s'haïr au point de s'immoler ainsi au sens littéraire.

    J'ai eu une discussion assez caliente avec une collègue de travail le lendemain de son décès (de Nelly). La fille, qui aimait beaucoup aussi l'écrivaine, affirmait que le choix d'Arcan de se donner la mort était en réalité une forme de prise de contrôle ultime sur la femme, et sur son corps en particulier, comme quoi de décider de mourir lorsqu'on ne se trouve plus belle, désirable, est un choix comme un autre. Du genre qu'elle y songe, elle-même, lorsqu'elle ne sera plus dans la fleur de l'âge.

    À défaut de résumer la discussion au complet, je résume en disant que je trouve ça vraiment fucké.

    Anyways, sur cette analyse trop intense, je retourne à mes ognons.

    RépondreSupprimer
  7. Merci de me donner une pousse dans l'analyse de ce mystère.

    RépondreSupprimer
  8. MisterD:

    Je serais la première que ça ferait chier, si un jour on me psychanalyse postmortem.

    Je la comprendrais donc de m'haïr un peu! Mais je suis réellement fascinée, et tout aussi troublée par sa vision du monde.

    RépondreSupprimer
  9. Aussi…je pensais à ça en me brossant les dents….Ça ne m'étonnerait pas que ce genre de propos à propos de rendre légitime la mort "avant date d'expiration" que ton amie tenait soit plus répandue maintenant que jamais avant sur la ligne du Temps. Avant, les gens étaient occupés à survivre. Maintenant, ils choisissent leur mort.

    Mais au-delà de tout, je ne crois pas que son geste était très philosophique: je pense qu'elle souffrait simplement beaucoup, et depuis longtemps.
    ***
    On devrait mettre de la musique icitte, pour garder une ambiance vivante.

    RépondreSupprimer
  10. Ma foi ça saute aux yeux qu'elle avait une personnalité histrionique. Tout le monde sait qu'elle était obsédée par la beauté, elle aussi. N'a-t-on jamais fait ce diagnostic publiquement, tu penses ? Je ne me souviens plus trop.

    Une chose est certaine, c'est souffrant et en demi-preuve, ça l'amené à mettre fin à ses jours.

    Elle ne se trouvait pas belle, sinon pourquoi toutes ces transformations esthétiques ! Elle n'avait probablement pas envie de continuer à se faire charcuter jusqu'à sa mort, sachant très bien qu'elle ne s'accepterait jamais.

    J'dis ça comme ça, qui suis-je pour le prétendre. Une grenouille qui aurait besoin d'une perruque ? Bon j'arrête, je déconne.
    Plaisir de faire ta connaissance, j'y suis par le biais de Renart.

    RépondreSupprimer
  11. Même les grenouilles ont droit aux perruques :)

    Comme tu le dis toi-même, qui sommes-nous pour prétendre certaines choses? Personne, mais à la fois des témoins de son mal!

    Il me semble que si son écriture avait été son obsession au lieu de son corps, elle serait encore vivante, et son talent aurait subit les transformations esthétique, pas son corps ! Mais bon, on est dans la supposition complète ici. J'aime ça, deviner des affaires, tsé :)

    Bienvenue chez-nous, merci d'être passée, et au plaisir de se rejaser aux sujets de personnes pas là pour nous répondre :)

    RépondreSupprimer
  12. t'es une tite comique, j'aime ça :)

    RépondreSupprimer
  13. Après toute celle belle analyse, je crois que vous êtes passé à côté de l'essentiel. Elle était une alcoolique comme les Amy et les comme moi. Difficile de vivre avec le mal de l'âme. Le commun des mortels ne comprends pas, voilà pourquoi certains restent dans la consommation ou que d'autres finissent par se flinguer comme elle l'a fait. Quand j'ai lu Putain, je me suis reconnue, enfin quelqu'une avait mis des mots sur la folie qui m'habite et que dire de Folle... Contrairement à bien d'autres, je les ai bouffés d'un trait ces livres là...

    Le mal de l'âme...

    RépondreSupprimer
  14. Les dix ans de TLMEP m'ont replongé dans mon abondante recherche sur cette affaire d'intimidation à la télé. Or, dans La honte, Nelly mentionne bel et bien une robe noire, et non une robe verte. Et je ne suis pas d'accord avec votre interprétation du personnage que vous semblez avoir mal lu. Paix à son âme.

    RépondreSupprimer

Le 22ième siècle vous remercie de votre présence, et espère que vous passez un agréable moment en compagnie de votre perruque.